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Séminaire Histoires d’écoutes

L’auralité en histoire et pour l’histoire, de l’Antiquité à l’époque moderne

Les sources historiques fourmillent d’indications sonores : on y découvre les voix du collectif, les pratiques musicales et les mécanismes pensés pour installer, voire forcer l’écoute du collectif. Cependant, un son n’existe que par l’expérience auditive, et l’écoute implique un engagement du corps pour entendre, comprendre, analyser et donner sens aux sonorités. Par l’expérience du corps, l’oralité (ce qui est dit) peut alors devenir auralité (ce qui est entendu). Si l’oralité est performance, l’auralité est expérience. De fait, l’écoute apparaît à la fois comme un objet historique, un moyen d’écriture du social et un outil pour l’historien. Dans ce séminaire, on réfléchira aux méthodologies possibles pour retrouver cette écoute et on observera ce qu’elle peut apporter à la recherche historique.


Séminaire interlaboratoires de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme organisé par Emmanuèle Caire, Véronique Ginouvès, Marie-Emmanuelle Torres et Laure Verdon.

Un vendredi par mois, de 14h à 17h30.
Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme
MMSH USR 3125, Aix-en-Provence


TROISIÈME SÉANCE
25 mars de 14h à 17h30
Salle Paul-Albert Février, MMSH
et en visio-conférence sur Zoom, pour y assister contactez Marie-Emmanuelle Torres : marie.emma.torres@gmail.com


Des objets sonores silencieux ? Redonner du corps à l’écoute

Avec les interventions de



Martine Clouzot (PU, ArTeHis, CNRS-Université de Bourgogne) : Les musicalités des livres enluminés : régimes du son musical et de l’écoute dans les psautiers et livres d’heures des XIIIᵉ et XIVᵉ siècles.
Les images de la musique ne se limitent pas à la représentation de joueurs, de chanteurs et d’instruments. Au-delà du visible, leur capacité d’objectivation du son – représenter ce qui ne se voir pas et qui est éphémère – rend compte de régimes d’écoute délibérés et performatifs. Articulés aux livres dévotionnels, la considération visuelle et spirituelle pour l’écoute atteste la volonté de l’Église d’encadrer les expériences sensibles d’un groupe social éduqué : les hommes et surtout les femmes des cours princières de l’Europe occidentale aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles – en vue de leur salut éternel.



Vincent Debiais (CR, CRH-EHESS, CNRS) : États de silence dans les images médiévales : mutismes, contraintes, qualités
Il en est de même pour tous les phénomènes sonores : envisager leur figuration sous la forme d’une image relève d’un paradoxe consistant à rendre accessible par la vue ce qui relève de l’ouïe. Le Moyen Âge a cependant démontré que ce paradoxe pouvait être résolu et dépassé, avec la création pratique et théorique d’images de la musique, des qualités sonores, des propriétés harmoniques. Il l’a également démontré avec la résolution du paradoxe « au carré » que constituent les images médiévales du silence et la privation de parole. La notion polyédrique de « silence » au Moyen Âge se prête pourtant bien à la mise en image dans la mesure où elle est décrite, entre autres, comme la condition sonore de la vision, le moyen phonique de la contemplation. Le silence est l’état du monde et du corps permettant l’écoute extérieure dans le cadre de l’enseignement et de la prédication, et l’écoute intérieure dans le cadre de la révélation et de la connaissance de Dieu. Dans cette présentation centrée sur quelques images produites en Occident entre le IXᵉ et le XIIIᵉ siècle, on verra la façon dont ce rapport de superposition entre le silence et l’écoute a été mis en signes visuels et ce que ces figurations disent de la notion d’écoute au Moyen Âge.



Frédéric Imbert (PU, IREMAM, CNRS-AMU) & Anna Lagaron (postdoctorante, IREMAM) : Prier, réciter, écouter dans les graffiti arabes médiévaux.
Les textes épigraphiques médiévaux produits par les premières générations de musulmans, comme par les chrétiens en terre d’Islam, entre les VIIᵉ et XIIIᵉ siècles dans la péninsule arabique, au Proche-Orient et en Égypte, nous amènent à nous interroger sur le statut particulier de l’oralité dite «  lapidaire  ». Si les deux termes semblent, de prime abord, assez antithétiques, ils semblent pourtant trouver, en épigraphie arabe un espace de compromis. Comment la pierre pourrait-elle, en effet, conserver des actes de parole  ? De récentes études ont permis de faire connaître l’existence d’un corpus très conséquent de plusieurs milliers de graffiti arabes musulmans comme chrétiens dont un bon nombre semble avoir conservé des traces d’oralité. Celle-ci prend la forme notamment d’invocations religieuses adressées à Dieu à l’impératif, mais aussi aux hommes qui liront ces invocations et invoqueront à leur tour. Nous en présentons et en analysons ici quelques extraits.


 Consultez le programme intégral du séminaire

Contact :
Marie-Emmanuelle Torres : marie.emma.torres@gmail.com